Observation des oiseaux du jardin

L’été dernier, j’ai découvert les insectes. Cet hiver, je me lance dans l’observation des oiseaux du jardin. Les uns ne vont pas sans les autres.

Je ne suis pas photographe

Je le note en gros titre, je ne suis pas photographe. D’ailleurs, je débute tout juste avec mon appareil photo. Pour les novices, comme moi, je vous conseille le Lumix DC Vario. J’ai mis quelques semaines à l’adopter, j’ai raté beaucoup de clichés (et j’en rate encore), mais je me suis bien amusée. Le zoom est sensationnel. Pour photographier des oiseaux, ce n’est pas un détail. Comme ils sont méfiants ! Au moindre geste, ils s’évanouissent dans la nature. Alors, j’ai installé un observatoire derrière les rideaux de mon salon. Ces quelques clichés m’ont pris des heures. J’espère que vous apprécierez quand même !

Un triste constat : disparition des oiseaux du jardin

Oui, en 15 ans, un tiers des oiseaux des jardins ont disparu. Ça ne peut pas nous laisser de glace. Comme les insectes victimes des pesticides agricoles. Ces derniers étant la nourriture des bêtes à plumes, autant dire que c’est l’hécatombe autour de nous. Tout comme mon mari m’avait construit un magnifique hôtel à insectes pour mon anniversaire (gravé à mon nom par mon père), mon frère Joss a fabriqué une mangeoire à oiseaux (tout est une histoire de famille). C’était mon cadeau de Noël. Depuis, mes petits oiseaux se sont abonnés un à un au self-service !

 

Sur cette photo, on aperçoit une mésange charbonnière qui vient manger du beurre (bio, en plus) !

Recensement des oiseaux de mon jardin

Je suis certaine que le compte n’y est pas encore, mais j’avais trop hâte de publier cet article. L’année passée, j’avais vu un pic épeiche, avec sa bande nucale rouge, tambourinant le vieux poirier de mon voisin ; cette année, impossible de le localiser. Il faut dire que dans notre quartier, il existe une funeste compétition qui consiste à couper les arbres, à bétonner et à construire. Il y a moins d’un mois, derrière chez moi, un pin probablement centenaire a subi les assauts d’une immonde tronçonneuse, qui l’a mis à terre en moins de 4 heures. J’en ai eu la nausée tout le reste de la journée. Cet arbre, que je voyais de ma fenêtre, recueillait de nombreuses espèces.

De notre côté par contre, nous avons davantage de mésanges que l’an passé. Ceci est dû aux naissances qui ont eu lieu dans notre bouleau en 2018. Nous les avions vues prendre leur envol. Mais bien évidemment, ce jour-là, l’appareil photo était introuvable.

Globalement, il ne fait aucun doute que les oiseaux du jardin disparaissent. Ils disent un tiers. Pour certaines espèces, il me semble que le pronostic est léger.

 

Le moineau domestique

Nous ne voyons plus beaucoup de moineaux. Alors que je me souviens, petite, c’était l’oiseau le plus banal du jardin.

 

Ce beau mâle est – lui aussi – pris en flagrant délit de gourmandise ! Le moineau domestique mâle a des couleurs plus marquées que la femelle ; elles sont bien délimitées. Ici, on le voit d’assez près pour remarquer son masque noir de Zorro sur les yeux, et les teintes très brunes sur ses ailes rayées de noir. Son bec est aussi bien foncé. Chez la femelle, par contre, le bec est jaune.

 

La tourterelle turque

Avant de me pencher plus sérieusement sur le nom des oiseaux du jardin, je l’appelais tourterelle à collier. Mais non, si la tourterelle turque a un demi-collier noir, c’est qu’elle est adulte, le jeune étant plus clair et sans motif. L’iris de la jeune tourterelle passera du sombre au rouge et les rémiges fonceront avec le temps.

C’est un oiseau très proche de l’homme, qui ne s’effraie pas facilement ; il est aisé de le prendre en photo. Son chant, sur trois notes, peut-être un peu monotones, me plaît pourtant.

 

Ici, une tourterelle adulte (on voit bien le demi-collier et les rémiges foncées). Elle est très sociable et mange avec tous les oiseaux du jardin. Elle a parfaitement vu mon appareil photo, mais ne bouge pas.

 

La tourterelle turque aime se poser très haut. C’est ainsi que j’ai remarqué le sac de nœuds des fils téléphoniques, au sommet du poteau. Ici, elle chante ses amours. Elle a colonisé l’Europe depuis l’Asie centrale dans les années 50 en arrivant par les Vosges dans nos jardins. Je suis certaine qu’elle porte chance.

 

J’aime quand les tourterelles s’ébouriffent comme ça ! Une photo prise de la fenêtre de mon bureau, par ma fille, Laurie. C’est un oiseau très calme que je trouve charmant.

 

Je ne suis pas ornithologue

Les oiseaux du jardin sont très différents. Leurs couleurs changent fondamentalement s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle, s’ils sont juvéniles ou adultes, si c’est l’hiver ou l’été, s’ils sont en période de reproduction ou pas. Un même oiseau peut revêtir tout au long de sa vie de nombreux plumages. Pour l’amateur que je suis, ça complique les choses. Mais si c’était facile, ce ne serait pas aussi captivant. Parfois, je m’emballe, je crois reconnaître une nouvelle espèce, mais ce n’est qu’une des multiples déclinaisons d’un de ceux déjà observés. Passionnant.

Je possède une aide précieuse pour ne pas dire indispensable : Un des guides Delachaux, Tous les oiseaux de France, de Belgique, de Suisse et du Luxembourg (650 espèces et 1 500 photos). Cet ouvrage, de rigueur, permet de reconnaître, avec facilité, les oiseaux du jardin que nous croisons. Il vous parle justement de cette différence entre mâles et femelles, juvéniles et adultes, ce qui nous permet de retomber assez vite, sur nos pattes. Les explications sont concises, c’est un guide pour les reconnaître, pas une encyclopédie, et c’est parfait : on peut l’emmener dans la sacoche de l’appareil photo quand on part en balade !

 

Nid dans mon bouleau, il a accueilli nos bébés mésanges, l’an passé.

 

Voyez, ce petit oiseau est probablement un moineau espagnol. Et il n’a rien à voir avec la première photo en haut de mon article. Je le reconnais à son bec, jaune ici, et aux couleurs bien moins marquées que le mâle photographié plus haut. C’est sûrement un bébé femelle moineau ! N’est-il pas craquant dans mes buissons à attendre que l’étourneau sansonnet quitte la mangeoire du jardin ?

 

L’étourneau sansonnet

Ici encore quelle différence entre le mâle nuptial, la femelle d’hiver et l’étourneau juvénile ! Ils sont souvent en groupe mais pour ce qui est de partager les graines de la mangeoire du jardin, c’est autre chose ! Ils se disputent souvent ! À part les tourterelles turques, les autres oiseaux du jardin semblent en avoir peur. Au sol, par contre, ils partagent leur territoire quand il s’agit de picorer les graines tombées dans l’herbe.

Plus que les graines, l’étourneau fait des réserves de graisse avec la mise à disposition d’une bonne plaquette de beurre.

L’étourneau sansonnet, ici probablement un mâle, fait 22 centimètres. Comme souvent – et même si c’est parfaitement injuste – le mâle a des couleurs bien plus éclatantes que la femelle. Les reflets mordorés de l’étourneau sansonnet nous permettent de le reconnaître au premier coup d’œil. Noir aux reflets métalliques verts, mauves, prune, et tacheté de blanc, il a de l’allure et du charisme dans les jardins. Beaucoup de chance d’avoir pu le prendre sur ce fond de ciel bleu, d’ordinaire si rare en février.

 

Le rougegorge familier

Alors là, c’est une autre histoire. Le rougegorge est un petit sauvage. Peu sociable avec ses congénères, je crois bien que c’est le plus méfiant de tous les oiseaux de mon jardin. C’est aussi pour cela qu’on l’aime tant. Ce n’est pas la plus belle photo de rougegorge que vous verrez, mais en contrepartie, je vais vous raconter l’histoire de ce petit qui rattrapera, j’en suis certaine, la piètre qualité de mon cliché.

Ma nièce Lola et ma fille Lucile ont sauvé la vie de ce petit rougegorge, il y a environ 6 semaines. Elles l’ont trouvé, le bec planté dans le bitume, en pleine rue, inanimé. Elles l’ont amené à la maison, voyant qu’il n’était pas encore mort. Nous l’avons gardé au chaud 24 heures, dans une cage, avec de l’eau et des graines. Après une rapide convalescence d’une nuit, Rebelle (c’est le nom que nous lui avons donné) allait très bien, dès le matin. Nous l’avons encore gardé quelques heures en observation, et nous l’avons relâché près de la mangeoire. Depuis, il ne quitte plus notre jardin.

 

Le rougegorge aime être au sol, c’est pourquoi je voulais vous le montrer sous les thuyas dans lesquels il se réfugie jour et nuit. Comme je vous le disais, c’est un solitaire, il ne partage pas le distributeur de graines avec les copains du jardin et au sol, il ne se mélange avec personne. Mais il sait, manifestement, que notre jardin est territoire ami. Il fait, selon mon guide 14 centimètres, comme les mésanges et à peu près comme les moineaux, mais moi, je le trouve un peu plus petit. Pourtant, a priori, c’est un adulte.

 

La mésange charbonnière

Elle fait 14 centimètres, son dos est vert olive, et son ventre jaune. Je sais désormais reconnaître un mâle d’une femelle. Si le trait noir partant du cou et disparaissant en bas du ventre est large, c’est un garçon. S’il est plus fin, c’est une fille.

 

Gourmande, vive et sociable avec les autres oiseaux, cette petite mésange ne cache pas sa nette préférence pour le beurre qui lui colle encore au bout du bec !

Reconnaissable entre toutes les espèces de mésanges, celle-ci a de belles joues blanches sous une tête bien noire. Son chant peut ressembler à celui du pinson. Reconnaître le chant des oiseaux est encore une autre étape à laquelle je ne me refuse pas. Il existe des mésanges à longue queue, huppées, noires (à ne pas confondre avec la charbonnière, car c’est un peu sa sœur jumelle en modèle réduit), charbonnières, bleues, azurées, nonnettes, boréales, toutes magnifiques.

 

La pie bavarde

 

Beaucoup ne l’aiment pas. À tort. Elle a pour réputation de voler les œufs des autres oiseaux, mais en réalité le jeu en vaut la chandelle. Elle est une excellente alarme anti-intrusion et les petits oiseaux du jardin n’hésitent pas à s’installer non loin de leur territoire. C’est le cas dans mon jardin. Elles cohabitent avec les mésanges qui, l’an passé, ont installé leur nid à deux mètres de ces grands oiseaux de 45 centimètres et d’une parfaite élégance.

Elles aiment les territoires habités et peuvent être très sociables avec l’homme. En 1991, alors que nous étions en travaux sur notre terrain, une jeune pie est venue se poser sur l’épaule de Patrick, mon mari. Chaque jour, pendant plusieurs semaines, elle revenait, même quand il avait en main son marteau-piqueur. Une pie vit 15 ans. On aime à penser qu’aujourd’hui, en 2019, ce sont ses petits-enfants qui se reproduisent au sommet de notre épicéa !

 

Les ailes de la pie bavarde ont des irisations bleues et vertes. C’est vrai que de loin, on la pense noire et blanche.

 

L’accenteur mouchet

L’accenteur mouchet est un petit oiseau discret. Au départ, on le confond facilement avec le moineau juvénile. Il fait à peu près la même taille. On le différencie si l’on s’intéresse à lui : sa tête grise et ses joues plus brunes font la différence. Son iris est roux mais je vous mets au défi de le voir de près ! On sait que ce n’est pas un moineau à son bec bien plus fin que celui de son petit copain de jeux. Il est sociable et fréquente les oiseaux du jardin.

On voit bien sur cette photo, le bec plus fin de l’accenteur mouchet qui le différencie du moineau. De même, il a de grands sourcils gris clair. Enfin, il est brun roux strié de noir.

 

Le pinson des arbres

Il y a pinson des arbres et pinson des arbres ! Eh oui, la femelle, encore une fois, ne ressemble pas au mâle qui lui-même change d’apparence lorsqu’il est amoureux. Celui que j’ai pris en photo est éperdument amoureux ! Son casque est gris et le dessous brique. Il est très voyant et tout rond.

L’hiver 2019 m’a fait découvrir l’existence des pinsons dans mon jardin. Je ne pense pas être au bout de mes surprises.

 

J’ai consacré toutes mes heures de pause déjeuner pendant un mois et demi à tenter d’apercevoir les oiseaux du jardin. En jardinerie, j’ai acheté un grand seau de graines et j’ai jeté quelques poignées de celles-ci, dans l’herbe, une demi-heure avant ma pause, en plus de la mangeoire à disposition. Les jours gris, j’ai beaucoup attendu pour rien. Curieusement, quand la neige est tombée, ils étaient tous là ! Et ne parlons pas des moments de soleil ! Les oiseaux sont comme nous, ils ont besoin de printemps !

 

 

Le mot de la fin

Vous avez sûrement remarqué que je n’ai pas mis une seule photo du merle noir. Cet oiseau pourtant si commun. Il m’a semblé en voir un, un seul, en janvier et encore, je n’en suis pas si certaine. Il est censé être partout et en toutes saisons. Je n’en ai pas ! Son chant mélodieux me manque. Je ne veux pas souffrir d’amnésie environnementale. Où est le merle noir ?

J’ai fait quelques recherches. Elles se sont avérées très alarmantes. Un virus les aurait décimés depuis la mi-juillet, dans certaines régions. Voir ce lien, humanité et biodiversité.

France Bleu, en septembre dernier a consacré un article sur ces disparitions très inquiétantes : c’est ici.

C’est le virus Usutu provenant d’Afrique et sur notre territoire depuis 2015 qui en est le responsable. Un virus qui est monté en puissance l’été 2018 et qui s’attaque essentiellement aux passereaux et plus particulièrement aux merles noirs.

C’est sur cette nouvelle dévastatrice que je termine mon article. J’aimerais pouvoir écrire un article avec de bonnes nouvelles la prochaine fois. En attendant, je vous en prie, ne coupez pas vos arbres. Aidez les oiseaux à passer l’hiver en installant des mangeoires. N’oubliez pas de leur mettre de l’eau propre l’été. N’utilisez aucun pesticide, les champs avoisinants en sont déjà remplis, faute de lois courageuses pour stopper le déclin de l’ensemble de la biodiversité, insectes, plantes, oiseaux…

Je laisse le mot de la fin à Pierre Rabhi : « Il nous faudra répondre à notre véritable vocation, qui n’est pas de produire et de consommer jusqu’à la fin de nos vies, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. »

Merci à lui.

 

Coralie RAVARY

Les oiseaux du jardin

coravary@gmail.com

Instagram : @Carnet_de_Coralie

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